Importantes différences entre règles fiscales et comptables
 
Introduction
Le présent document a pour objet d'analyser les relations et les interactions éventuelles entre comptabilités commerciale, financière et fiscale, afin de mettre en lumière les problèmes ou les tensions résultant de l'application dans ces domaines de différents ensembles de règles.
Les entreprises cotées sur des bourses de valeurs nationales doivent respecter les règles relatives à la comptabilité et à l'information financières qui visent à donner aux investisseurs une image fidèle et honnête de leur situation financière.
Ces règles renforcent la transparence et la comparabilité internationale des résultats des entreprises ou des groupes. Les entreprises multinationales (EMN) utilisent largement les normes comptables internationales (IAS) ou les US Generally Accepted Accounting Principles (US GAAP).
Les règles relatives à la comptabilité et à l'information financières s'éloignent rapidement des concepts juridiques traditionnels du droit commercial et fiscal et se fondent de plus en plus sur le système de la présentation fidèle.
Les résultats présentés à des fins financières (c'est-à-dire, normalement, les résultats consolidés du groupe) peuvent différer considérablement des bénéfices indiqués dans les livres comptables de chaque entreprise ou dans les déclarations fiscales.
Les EMN risquent par conséquent d'être confrontées à des demandes indues de rectification de leurs bénéfices fiscaux ou d'imposition dans un pays des bénéfices qui y sont présentés à des fins financières.
Il est important, aux yeux de la communauté économique internationale, que les autorités fiscales et les responsables de l'action gouvernementale comprennent pourquoi les résultats présentés dans les états financiers d'une entreprise ou d'un groupe diffèrent de leurs résultats imposables.
Différentes méthodes de détermination des bénéfices imposables
De nombreux États, notamment en Europe continentale, s'appuient pour la détermination des résultats fiscaux sur le principe de la subordination, ce qui signifie que les bénéfices indiqués par les comptes commerciaux constituent la base principale de l'imposition.
Selon les règles fiscales applicables, certains ajustements fiscaux doivent être faits afin de calculer les bénéfices imposables.
D'autres États, en particulier de tradition anglo-saxonne, suivent le principe de l'indépendance. Deux ensembles distincts de règles sont alors appliqués, l'un en ce qui concerne les résultats commerciaux, l'autre à des fins fiscales.
Ces pays ne s'appuient pas aussi largement sur les règles de la comptabilité commerciale dans le domaine de l'impôt, ce qui peut se traduire par des différences considérables entre les deux systèmes.
Chacun de ces deux régimes a des avantages et des inconvénients.
En cas de réglementation fiscale séparée, deux séries de règles doivent être appliquées, ce qui peut accroître le fardeau bureaucratique des entreprises.
Il peut aussi être plus facile de s'écarter à des fins fiscales de certains principes de la comptabilité commerciale.
Mais même lorsque l'imposition se fonde sur les comptes commerciaux, certains ajustements fiscaux sont inévitables.
À l'heure actuelle, il serait irréaliste d'espérer une approche commune en la matière.
Il revient à chaque État de décider librement s'il convient de fonder la détermination des résultats imposables sur les comptes commerciaux ou d'appliquer un ensemble séparé de règles fiscales.
Position d'ICC :
Les États sont en droit d'adopter des approches différentes en ce qui concerne la relation entre les comptabilités commerciale et fiscale (subordination / indépendance).
Chacun de ces deux systèmes a des avantages et des inconvénients.
Quel que soit le cas de figure, cependant, les principes fiscaux bien établis ne doivent pas être écartés.
Différences entre les règles relatives à la comptabilité commerciale et aux marchés financiers
Le mode de détermination des résultats financiers propres à chaque entreprise est fixé par le droit commercial.
Les règles applicables figurent souvent dans des lois comptables spécifiques.
Chaque pays dispose en général aussi de règles complémentaires particulières en ce qui concerne la comptabilité et l'information financière des entreprises cotées sur la bourse nationale.
Il peut s'agir de normes nationales, comme par exemple les US GAAP, ou de normes internationales largement utilisées, telles que les Normes comptables internationales (International Accounting Standards, IAS), désormais rebaptisées Normes internationales d'information financière (International Financial Reporting Standards, IFRS).
Les règles relatives à la comptabilité et à l'information financière se fondent sur le principe de la présentation fidèle et sont principalement destinées à améliorer la transparence pour les investisseurs.
Les normes doivent être appliquées de manière homogène à l'ensemble du groupe.
Les entreprises ont parfois le choix quant à l'application d'une méthode ou d'une règle données. L'uniformité de l'application est vérifiée par des auditeurs externes (« pleine conformité ») et surveillée par les autorités boursières et autres organismes de tutelle.
Sous la pression de la mondialisation des marchés financiers, des initiatives ont été lancées afin de concilier les principes de base des IAS/IFRS et des US GAAP, de manière à faciliter la cotation simultanée des entreprises sur plusieurs bourses.
Les normes IAS/IFRS sont de plus en plus utilisées par les groupes européens, car la Commission européenne a décidé d'exiger leur application pour les comptes consolidés des sociétés cotées en bourse dans l'Union européenne, à partir de 2005 (2007 pour les entités qui utilisent actuellement les US GAAP ou qui ont des titres de créance cotés).
Position d'ICC :
Des normes spécifiques en matière de comptabilité et d'information financière des entreprises cotées renforcent la transparence et la comparabilité, essentiellement pour les investisseurs.
Une convergence des principes qui régissent les normes de comptabilité et d'information financière existantes est souhaitable afin d'améliorer la comparabilité et de faciliter les cotations multiples.
Les éventuelles conséquences fiscales de cette démarche pour les entreprises, notamment dans les pays qui assoient principalement l'impôt sur les comptes commerciaux, doivent cependant être prises en compte, et la convergence ne devrait pas détériorer la position fiscale des entreprises.
Approches et fins différentes
- Les règles commerciales, financières et fiscales servant toutes leurs propres fins, des différences de résultat sont prévisibles et devraient être acceptées.
- Les règles relatives à la comptabilité commerciale sont utilisées afin de déterminer les résultats commerciaux d'une entité unique.
Elles font notamment apparaître, pour une période déterminée, l'existence d'un bénéfice ou d'une perte. Ces règles peuvent faire partie, au plan national, du droit commercial ou du droit des sociétés. Elles visent à protéger les droits des actionnaires et des créanciers et le principe de prudence y joue par conséquent un rôle important.
- Les règles relatives à la comptabilité et à l'information financières font partie de la réglementation des marchés financiers d'un pays.
Leur objectif est de donner aux investisseurs (et aux autres acteurs) une image fiable et aussi exacte que possible de la situation financière d'une entité économique (groupe) à un moment précis (position financière, résultats, flux de trésorerie). Leur principe premier est la « présentation fidèle », ou « image fidèle et honnête ».
Elles répondent également à d'autres principes importants tels que « le fond plutôt que la forme », la « mesure de la valeur marchande » et - en corollaire de la fidélité et de l'honnêteté - l'interdiction de fait des réserves occultes.
- Les règles fiscales sont utilisées afin de déterminer les bénéfices imposables.
Leur objectif est de définir la dette fiscale des entreprises à l'égard de l'État pour une année donnée.
Ces règles doivent être respectées par les contribuables ainsi que contrôlées et appliquées par les autorités fiscales.
Les règles fiscales visant les entreprises sont généralement conçues de manière à préserver la neutralité économique, afin que les décisions commerciales ne soient pas indûment influencées par des mesures fiscales.
Ces règles peuvent aussi servir des objectifs autres que fiscaux.
Les États s'intéressent en général à la « rentabilité » à long terme de leurs entreprises.
Les lois fiscales reflètent des principes d'imposition généraux tels que la non-discrimination ou l'assujettissement en fonction de la capacité économique, mais aussi des considérations pratiques telles que la disponibilité de fonds pour le paiement de l'impôt (réalisation), l'équité envers les différentes catégories de contribuables (neutralité), le caractère annuel de l'imposition (déficits reportables, amortissements normalisés), la rentabilité à long terme (prudence, disparité, évaluation au-dessous de la valeur marchande), et autres facteurs du même ordre.
Différents régimes fiscaux peuvent par exemple contenir des règles particulières en ce qui concerne la date de constatation (ou de report) des revenus, les pertes reportables sur d'autres exercices ou d'autres principes spéciaux d'imposition.
Comme le montre l'annexe du présent document, les EMN sont tenues d'établir différents états annuels (comptes commerciaux, états financiers, déclarations d'impôts) qui servent tous leurs propres fins, visent des objectifs différents et se fondent sur des principes différents (voir tableau au point 2 de l'annexe ci-jointe).
Position d'ICC : Les approches adoptées pour le calcul des états commerciaux, financiers et fiscaux servent différentes fins. Bien que leurs règles respectives soient tournées vers le même objet général (les résultats d'une entité commerciale pour une période déterminée), il est important de comprendre que, compte tenu des concepts existants, l'on ne peut espérer que les règles appliquées en matière de comptabilité financière et celles utilisées à des fins fiscales soient strictement comparables.
Interactions possibles entre règles comptables et fiscales
En réponse à la demande des marchés financiers internationaux (mondialisation), des normes de comptabilité et d'information financière largement utilisées devraient amener dans ce domaine une certaine harmonisation.
Par contre, tant que chaque pays décidera de ses impôts en application d'une politique fiscale autonome, l'on ne saurait attendre une harmonisation similaire des règles fiscales.
En même temps, plus les règles utilisées pour la comptabilité financière diffèreront de celles du domaine fiscal et plus les résultats des groupes seront transparents, plus les différences résultant de l'application de deux ensembles de règles seront évidentes.
Les autorités fiscales ne devraient pas prétexter les résultats financiers d'une entité (dans un même pays ou dans un pays tiers) pour rectifier les bénéfices imposables d'une entreprise ou justifier une correction des prix de transfert.
Un certain nombre de règles de comptabilité financière et de règles fiscales sont présentées au point 3 de l'annexe du présent document.
Ces exemples montrent que les règles appliquées à des fins de comptabilité financière ou d'imposition peuvent différer considérablement et conduire à des résultats qui ne peuvent raisonnablement pas être comparés.
Position d'ICC :
Les autorités fiscales et les responsables de l'action gouvernementale devraient comprendre que les principes qui sous-tendent la comptabilité financière ne sont pas toujours compatibles avec les principes fondamentaux et les pratiques du domaine fiscal.
Du point de vue de la politique fiscale, il est important que les règles d'imposition ne soient pas sapées par une extension indue des exigences en matière d'information financière (par exemple comptabilisation selon la juste valeur ou défaut de prise en compte de la réalisation).
Conclusions
Les normes comptables internationalement reconnues (telles que les IAS/IFRS ou les US GAAP) peuvent être considérées comme un ensemble cohérent de règles de comptabilité et d'information financière qui devrait donner aux investisseurs une « image fidèle et honnête » de la situation financière (bilan), des résultats (déclaration de revenus) et des changements de position financière (flux de trésorerie) d'une entité économique à un moment déterminé.
Dans le domaine de l'imposition, certains principes largement acceptés s'écartent à l'évidence des concepts utilisés à des fins de comptabilité et d'information financières.
Les lois fiscales servent en outre souvent des objectifs autres que fiscaux, en prévoyant par exemple des incitations particulières (pour la recherche et le développement, pour des réserves spéciales, pour promouvoir l'autofinancement, pour attirer certaines activités économiques, etc.).
Elles peuvent tenter d'influer sur le comportement des entreprises en utilisant des incitations ou des désincitations (par exemple dégrèvements ou taxes environnementales).
Les régimes fiscaux nationaux sont en outre le résultat d'un processus de décision politique et ne sont donc, dans de nombreux cas, ni neutres envers les entreprises ni pleinement cohérents au plan interne.
Conclusions d'ICC :
Les règles fiscales et les règles de comptabilité financière servent des fins différentes, visent des objectifs différents et se fondent sur des principes différents.
Bien que ces deux ensembles de règles soient utilisés pour mesurer les résultats annuels des entreprises, des différences de résultat (bénéfices) ou de méthode (par exemple évaluation) doivent être acceptées.
La comptabilité financière considère l'entreprise comme une entité économique (groupe), alors que la fiscalité se fonde normalement sur la notion d'entité autonome.
En raison de la rapidité et de l'orientation des évolutions en matière de comptabilité et d'information financières (transparence, valeur marchande, compte de résultat unique, convergence des normes), les différences actuelles iront à l'avenir en s'accentuant.
Les responsables de l'action gouvernementale en matière de fiscalité et de comptabilité doivent être conscients de ces différences.
Les autorités fiscales doivent en tenir compte et s'abstenir d'utiliser les résultats financiers des entreprises à des fins de rectification de l'imposition
 Les entreprises multinationales doivent établir plusieurs états annuels
Les entités économiques qui, en tant que groupe, ont des activités dans plusieurs pays sont soumises à un certain nombre d'exigences en ce qui concerne la préparation de leurs comptes annuels.
Afin de mieux comprendre ces exigences, la situation de tels groupes, ainsi que les interactions possibles, peut être succinctement décrite comme suit :
Comptes commerciaux :
- Un bilan commercial et un compte de résultat (compte de pertes et profits) doivent être préparés dans tous les pays où le groupe dispose d'entités juridiques, afin de déterminer les bénéfices commerciaux et d'établir les montants distribuables sous forme de dividendes.
Les règles applicables peuvent être qualifiées de « GAAP locaux ».
États financiers :  
Normalement, chaque entité cotée en bourse doit soumettre ses résultats sur la base de GAAP locaux ou de normes comptables internationalement utilisées telles que les IAS/IFRS ou les US GAAP.
Les holdings cotés en bourse doivent soumettre leurs résultats mondiaux consolidés, sur la base de l'application des mêmes normes par toutes les entités entrant dans la consolidation, avec une « pleine conformité » pour l'ensemble du groupe.
Déclarations fiscales :
Chaque entité juridique doit remplir une déclaration fiscale dans son pays de résidence afin de déterminer ses bénéfices imposables et, dans certains pays, son capital (assujettissement à l'impôt au niveau national).
Dans un certain nombre de pays, les groupes peuvent remplir, sous certaines conditions, une déclaration fiscale consolidée reflétant le montant de l'imposition du holding et de chacune des entités juridiques de ce pays (dans certains pays, il est même possible d'inclure des entités étrangères).
Approches et fins différentes
Les règles commerciales, financières et fiscales servent toutes leurs propres fins et des différences de résultat sont donc prévisibles. Un certain nombre de ces fins, objectifs et principes sont notés dans le tableau suivant :
Sources du droit Fins des règles Objectifs Principes d'évaluation / mesure
Droit commercial (droit des sociétés)
- Détermination des résultats commerciaux d'une entité juridique
- Protection des créanciers
- protection des actionnaires
- mesure des bénéfices distribuables
- Prudence - coût historique
- principe d'autonomie des entités Droit boursier (normes de comptabilité et d'information financières)
- Détermination des résultats financiers d'une entité économique (entités nationales et étrangères)
- Information / protection des investisseurs acteurs
- transparence
- comparabilité
- Présentation fidèle
- fond plutôt que forme
- vision économique
- prise en compte des changements de valeur Droit fiscal
- Détermination des bénéfices imposables
- principe de l'entité unique ou des bénéfices consolidés du groupe (national)
- Détermination du montant de l'impôt
- protection des recettes de l'État - neutralité
- traitement égal - prévention de la double imposition
- objectifs autres que fiscaux (incitations, désincitations)
- Réalisation
- prudence
- imposition sur une base annuelle (pertes reportables, amortissements, reports)
- reconnaissance des impôts étrangers
- « lissage » des bénéfices
Exemples :
Traitement de certaines opérations commerciales
Quelques règles de comptabilité financière et règles fiscales régissant certaines opérations commerciales sont présentées ci-dessous.
Ces exemples montrent que les règles appliquées à des fins de comptabilité financière et à des fins fiscales peuvent présenter des différences considérables (en fonction de la politique de chaque pays) et conduire à des résultats très différents, mais cela de manière tout à fait intentionnelle.
a)- Règles relatives à la consolidation des groupes
Règles de comptabilité financière :
En principe, les résultats d'un groupe mondial (entité économique) doivent être consolidés, sur la base d'un même ensemble de principes comptables.
Les transactions et relations internes du groupe sont ignorées.
Il existe des règles spéciales permettant de déterminer si une entité doit être consolidée (sur la base de la notion de contrôle) et, si oui, dans quelle mesure (contrôle total = consolidation totale ; influence significative = méthode de la mise en équivalence).
Le traitement des « véhicules à vocation unique » est également un sujet important.
Règles fiscales :
En règle générale, l'imposition se fonde sur le principe de l'autonomie des entités.
L'imposition à l'échelle du groupe est autorisée à titre exceptionnel dans certains pays, mais, dans ce cas, les conditions diffèrent en général considérablement de celles utilisées à des fins de comptabilité financière, par exemple uniquement participations à 100 % (ou autre niveau élevé), uniquement membres nationaux du groupe, exigences particulières en ce qui concerne les transferts à l'intérieur du groupe et la création ou la dissolution de la consolidation.
Les pays qui autorisent la consolidation des groupes limitent normalement cette possibilité aux seuls membres nationaux, afin d'assurer le calcul des bénéfices sur la base des mêmes règles fiscales et d'empêcher la prise en compte des pertes d'entités étrangères.
Conclusion :
Il est clair, du fait des différences entre les deux approches, que les résultats financiers d'un groupe différeront en général considérablement de ses bénéfices imposables consolidés.
b)- Traitement de la propriété intellectuelle et des écarts d'acquisition
Règles de comptabilité financière :
En règle générale, la propriété intellectuelle acquise auprès de tiers, c'est-à-dire les actifs non monétaires et non corporels tels que marques, brevets, licences ou savoir-faire, qui conservent leur valeur sur une longue période, doit être capitalisée quand certaines conditions sont remplies (par exemple probabilité de futurs bénéfices économiques tirés de l'actif).
Les actifs incorporels générés en interne peuvent également être reconnus.
Les biens incorporels doivent être amortis sur plusieurs années, par exemple sur une période pouvant aller jusqu'à 20 ans dans le cadre des IAS.
Les écarts d'acquisition (qui représentent la différence résiduelle entre la valeur marchande des actifs nets identifiables et le coût d'acquisition) sont soumis à un traitement comptable identique. Selon les règles en vigueur des IAS, les écarts d'acquisition doivent être capitalisés et amortis.
La présomption, réfutable, est que la période d'amortissement ne devrait pas dépasser 20 ans.
Cette notion fait actuellement l'objet de débats et de nouvelles règles, très proches des nouvelles dispositions des US GAAP, s'appliqueront probablement à partir de 2004. Selon les nouveaux US GAAP, l'amortissement des écarts d'acquisition ne pourra plus être régulièrement échelonné et devra être soumis annuellement à un test de dépréciation (méthode de la dépréciation seule).
L'ancien concept de « groupement des intérêts » des US GAAP (selon lequel les écarts d'acquisition pouvaient être ignorés) est désormais caduc. Le même changement a été proposé pour les IAS. Selon certaines règles comptables nationales, il est toujours possible de déduire directement les écarts d'acquisition de la valeur intrinsèque.
Règles fiscales :
Dans le domaine fiscal, les règles applicables au traitement de la propriété intellectuelle et des écarts d'acquisition sont très variables.
Dans de nombreux pays, les éléments incorporels peuvent - ou doivent - être amortis selon des règles fixées par les lois nationales (droit comptable ou dispositions particulières du droit fiscal).
Dans certains pays, cependant, la propriété intellectuelle ne peut être déduite de l'impôt, ce qui signifie que l'amortissement des éléments incorporels n'est pas autorisé.
Souvent, le traitement fiscal peut être très différent selon la nature des biens incorporels. Au nom du principe de prudence, les charges correspondant aux actifs incorporels produits en interne ne peuvent généralement pas être capitalisées et ne sont donc pas fiscalement déductibles.
Les écarts d'acquisition résultant de l'acquisition d'une autre société ne sont pas non plus, dans de nombreux pays, déductibles de l'impôt.
Aux États-Unis, malgré le principe de la « dépréciation seule » appliqué en comptabilité financière, un tel écart d'acquisition est amorti linéairement.
Conclusion :
Les éléments incorporels et les écarts d'acquisition constituent des actifs importants pour la plupart des EMN, et les règles comptables peuvent avoir d'importantes conséquences sur les résultats globaux du groupe ou sur les résultats de ses membres à titre individuel.
L'amortissement de l'écart d'acquisition retentit sur les résultats financiers consolidés mais pas, en général, sur les bénéfices imposables.
Ce point explique également pourquoi le total des bénéfices imposables de toutes les entités du groupe peut différer considérablement des résultats financiers consolidés de l'ensemble du groupe.
c) Traitement des actifs corporels et financiers
Règles de comptabilité financière :
En matière de comptabilité financière, l'évaluation ou la mesure des éléments à prendre en considération est extrêmement développée, avec une multitude de méthodes et de catégories. En règle générale, les coûts historiques sont pris comme base.
L'on constate cependant une tendance à se rapprocher de la mesure de la juste valeur marchande pour certains actifs, notamment financiers (méthode de la juste valeur, adoptée par exemple dans les nouvelles IAS/IFRS 39 pour les instruments financiers).
L'une des caractéristiques de cette approche est qu'elle ne respecte pas le principe de la réalisation.
Règles fiscales :
Dans le domaine fiscal, les règles d'évaluation et les méthodes d'amortissement des actifs corporels varient considérablement d'un pays à l'autre.
Ces actifs doivent le plus souvent être évalués à leur coût historique (coût d'acquisition ou de fabrication). Les réévaluations ne sont possibles, ou obligatoires, que pour certains actifs (par exemple investissements financiers) et dans certaines circonstances. Les plus-values se sont imposées que quand elles sont réalisées (principe de la réalisation).
L'amortissement est autorisé selon des méthodes normalisées.
Il arrive que les réductions de valeur ne doivent pas être annulées lorsqu'elles ne sont plus justifiées. La création de réserves « occultes » est souvent autorisée.
Les pertes potentielles et prévisibles doivent être prises en compte, mais les bénéfices ne sont imposables que s'ils sont réalisés.
Des provisions spéciales sont, dans la plupart des pays, autorisées à des fins particulières (par exemple recherche et développement).
Conclusion :
La comptabilité financière se rapproche du principe de la mesure de la juste valeur afin de donner une image aussi claire et objective que possible de l'entreprise.
Dans le domaine fiscal, cependant, l'imposition des bénéfices non réalisés n'est normalement ni autorisée ni requise et les « réserves occultes » sont dans de nombreux cas tolérées.
d) Traitement des paiements à base d'actions (stock-options)
Règles de comptabilité financière :
La possibilité de passer en charges de personnel, conformément aux principes comptables, le « coût » des stock-options attribuées aux salariés fait depuis quelques années l'objet d'une controverse.
Dans l'exposé-sondage qui a été publié à propos des nouvelles IFRS, il est préconisé de comptabiliser les stock-options en charge quand les services sont rendus au cours de la période d'acquisition des droits et de les mesurer à leur juste valeur à la date d'attribution.
Aux États-Unis, la déclaration 123 du Financial Accounting Standards Board prévoit leur comptabilisation en charge, mais son application reste facultative.
Au lieu d'une comptabilisation en charge, les entreprises peuvent se contenter d'une simple mention. Conformément à la FAS 123, le coût des options est également mesuré selon la juste valeur à la date d'attribution, mais une combinaison de date d'attribution / acquisition est utilisée pour l'imputation du coût résultant à la période de service.
Les deux normes (IFRS et US GAAP) déterminent le coût des options selon des modèles d'évaluation d'options tels que celui de Black et Scholes.
Règles fiscales :
La déductibilité du coût des options, pour les émetteurs, est également une question controversée dans le domaine fiscal.
De nombreux pays interdisent une telle déduction, sauf en ce qui concerne les coûts réels liés à la mise en oeuvre ou à la gestion des plans de stock-options.
Aux États-Unis, une distinction est établie selon la nature des options (« statutaire » ou « non statutaire »). Du point de vue de l'émetteur, le traitement fiscal varie selon le type de l'option, la vérifiabilité de sa valeur et l'imposition du bénéficiaire.
La date de déduction de la charge est très variable :
Date d'attribution, d'exercice, de cession de l'option ou de l'action par le bénéficiaire, ou jamais.
Le montant de la déduction peut se fonder sur la valeur (avant la date d'exercice ou à cette date), ou sur le montant du revenu imposable ordinaire du bénéficiaire.
Conclusions :
L'exemple typique (et notable) des stock-options montre bien que les règles applicables en matière fiscale et comptable se fondent sur des considérations extrêmement différentes.
Les résultats de leur application sont donc également, dans la plupart des cas, nettement différents.

 

 

 

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